Un désaccord remonte avec un fournisseur sur une commande de 2019. Votre conseil vous demande l'échange d'emails dans lequel le délai de livraison avait été renégocié. Vous ouvrez Outlook, vous cherchez, et vous trouvez : le message est là, daté, complet, avec la pièce jointe. Bonne nouvelle du jour.
Trois mois plus tard, un candidat que vous n'avez pas retenu vous écrit pour savoir ce que vous détenez encore sur lui. Vous ouvrez la même boîte, vous tapez son nom, et vous trouvez : son CV, son échange avec deux managers, une note interne rédigée après son entretien. Un dossier de recrutement classé sans suite en 2019, encore intégralement présent en 2026, sans que personne n'ait jamais décidé qu'il devait l'être. Mauvaise nouvelle du jour.
Même boîte, même absence de règle, deux conséquences opposées. Garder longtemps vous protège dans un cas et vous expose dans l'autre. C'est pour cette raison que la durée de conservation des emails professionnels ne se décide jamais pour la boîte entière : elle se décide catégorie par catégorie.
Réponse rapide : il n'existe pas de durée unique. La durée de conservation des emails professionnels se décide par catégorie de document, sous deux logiques opposées. Côté preuve, l'article L123-22 du Code de commerce dispose que les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans : un email qui constitue une pièce justificative entre dans ce champ. Côté données personnelles, la CNIL ne fixe aucune durée générale chiffrée et renvoie au responsable de traitement, qui la détermine en fonction de la finalité. Entre les deux, un cycle de vie en trois phases : base active, archivage intermédiaire, puis archivage définitif ou suppression.
Ce que cet article est, et ce qu'il n'est pas. Il informe sur ce que disent des textes nommés et liés, et sur ce que vous pouvez en faire dans une boîte Outlook. Il ne donne pas de conseil juridique, ne garantit aucune conformité et ne remplace personne. Aucune durée n'est écrite ici sans le texte qui la porte : quand le texte n'existe pas, l'article le dit et renvoie au conseil. Pour une activité réglementée, un contentieux en cours ou une situation particulière, adressez-vous à votre avocat et à votre expert-comptable.
🎯 Ce qu'il faut retenir
- Il n'existe pas de durée unique. La durée se décide par catégorie de document, jamais pour la boîte entière : une facture, une candidature et une invitation à un webinaire n'ont rien à faire sous la même règle.
- Dix ans pour les documents comptables et les pièces justificatives, au titre de l'article L123-22 du Code de commerce. Un email qui constitue une pièce justificative entre dans ce champ.
- Six ans pour les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration, au titre de l'article L102 B du Livre des procédures fiscales, et sous forme informatique lorsqu'ils ont été reçus ainsi. Le même article prévoit en outre dix ans pour certains registres liés à la TVA : L102 B ne se résume pas à six ans.
- La CNIL ne donne aucune durée générale chiffrée. Elle renvoie à la finalité du traitement, déterminée par le responsable de traitement, et décrit un cycle de vie en trois phases : base active, archivage intermédiaire, puis archivage définitif ou suppression.
- La matrice se remplit une fois, avec votre expert-comptable pour le volet comptable et fiscal et votre conseil pour les cas particuliers, puis se relit une fois par an.
- Combien de temps faut-il garder ses emails professionnels ?
- Deux logiques opposées, et on les confond presque toujours
- La logique de la preuve : ce que dit le Code de commerce
- La logique inverse : les données personnelles ne se gardent pas sans raison
- La matrice par type de document
- Les trois phases du cycle de vie, redescendues dans Outlook
- Tout garder indéfiniment est un risque, au même titre que supprimer trop tôt
- Ce que « supprimer un email » veut dire vraiment
- Qui décide de la durée dans une PME sans DPO
- Le salarié parti : la question que l'autre article laissait ouverte
- Écrire votre règle : une page, six lignes, une date de revue
- En résumé
- Ce que fait un assistant email, et ce qu'il ne fait pas, de vos emails anciens
- Aller plus loin
- FAQ : sept questions sur la durée de conservation
Combien de temps faut-il garder ses emails professionnels ?
Il n'existe pas de durée unique pour un email professionnel. La durée se décide par catégorie de document. Les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans selon l'article L123-22 du Code de commerce. Les autres emails suivent la finalité pour laquelle ils ont été gardés.
Cette réponse déçoit, parce qu'elle ne tient pas dans un chiffre. Elle est pourtant la seule qui résiste à l'examen. Une boîte mail n'est pas un objet homogène : elle contient, dans le même dossier de réception, une facture fournisseur, une négociation contractuelle, une candidature spontanée et une invitation à un webinaire. Ces objets n'ont rien à faire ensemble au regard de la durée. Les traiter avec une règle unique produit soit une boîte qui garde tout par précaution, soit une boîte qui purge tout pour faire de la place. Deux mauvaises décisions, prises sans le savoir.
La bonne question n'est donc pas « combien de temps je garde mes emails ». Elle est : « de quelle catégorie relève ce message, et qu'est-ce qui commande sa durée ». Le reste de cet article répond dans cet ordre : les deux logiques qui s'opposent, la matrice par catégorie, puis la traduction dans une boîte Outlook réelle.
Deux logiques opposées, et on les confond presque toujours
Les pages françaises sur le sujet se rangent, à la lecture, dans l'un de deux camps. D'un côté, des tableaux de durées légales, corrects mais abstraits, qui parlent de documents et jamais de messagerie. De l'autre, des argumentaires d'archivage, qui expliquent qu'il faut tout conserver. Ces deux familles ne se contredisent pas par hasard : elles répondent à deux logiques différentes, et aucune ne le dit.
Première logique : la preuve. Un email est un écrit. Il documente un engagement, une commande, une réserve émise, une date. Le jour où un désaccord survient, ce message vaut ce que vaut sa conservation. Cette logique pousse dans un seul sens : garder, longtemps, et garder intact. C'est la logique du Code de commerce et des délais de prescription.
Seconde logique : les données personnelles. Ce même email contient des noms, des adresses, parfois des appréciations sur des personnes. Il constitue un traitement de données à caractère personnel, et un traitement ne se conserve pas indéfiniment : il se conserve le temps nécessaire à la finalité poursuivie. Cette logique pousse exactement dans l'autre sens : effacer quand la raison de garder a disparu.
Le point que personne n'écrit. Tout garder indéfiniment n'est pas la position prudente. C'est une décision qui vous expose, exactement au même titre que supprimer trop tôt. Le risque n'a simplement pas la même forme : d'un côté, l'impossibilité de prouver ; de l'autre, la détention de données dont plus rien ne justifie la présence. Une PME qui n'a jamais tranché est exposée aux deux à la fois.
Ces deux logiques ne se réconcilient pas par un chiffre. Elles se réconcilient par un tri : catégorie par catégorie, on regarde laquelle des deux commande, et pendant combien de temps. C'est exactement ce que fait la matrice plus bas.
La logique de la preuve : ce que dit le Code de commerce
Commençons par ce qui est écrit noir sur blanc, parce que c'est le socle et parce que c'est la seule durée générale chiffrée que cet article affirmera.
L'article L123-22 du Code de commerce, dans sa version en vigueur au 4 janvier 2003, dispose que « les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans ». Dix ans, pour les documents comptables et les pièces justificatives. Un email qui constitue une pièce justificative, ou qui porte en pièce jointe un document comptable, entre dans ce champ.
Retenez le raisonnement plutôt que le chiffre : ce n'est pas l'email qui est visé, c'est ce qu'il est ou ce qu'il transporte. Un message qui dit « ci-joint notre facture n° 2026-0412 » n'est pas un email ordinaire, c'est le véhicule d'une pièce justificative. La distinction paraît théorique. Elle est le cœur de la méthode : vous ne classez pas des emails, vous classez ce qu'ils contiennent.
Les délais de prescription ne sont pas des obligations de conservation
C'est une confusion tenace, et il vaut la peine de la lever proprement, parce qu'elle produit des recommandations fausses en apparence raisonnables.
L'article L110-4 du Code de commerce prévoit que « les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes ». L'article 2224 du Code civil pose de son côté que « les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ».
Ces deux textes ne vous ordonnent pas de conserver quoi que ce soit. Ils indiquent la durée pendant laquelle une action peut encore être engagée. C'est un repère, pas une obligation. La nuance change la nature de la décision : sur les pièces justificatives, la durée vous est imposée ; sur les échanges contractuels, vous arbitrez, et le point de départ du délai est une question technique que votre conseil est seul à pouvoir trancher dans votre situation.
Le volet fiscal
L'article L102 B du Livre des procédures fiscales, dans sa version en vigueur au 1er janvier 2023, prévoit que les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration doivent être conservés pendant un délai de six ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres, ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis. Le même article précise que lorsque ces documents sont établis ou reçus sur support informatique, ils sont conservés sous cette forme pendant ce délai.
Cette dernière phrase mérite qu'on s'y arrête une seconde, parce qu'elle vise directement votre boîte mail : un document reçu par email est un document reçu sur support informatique.
Une précision pour que la citation ne soit pas incomplète : le même article L102 B prévoit également une conservation pendant dix ans pour certains registres liés à la TVA, ceux tenus au titre des régimes particuliers visés par ce texte, à compter du 31 décembre de l'année au cours de laquelle l'opération a été effectuée. Cette disposition ne concerne qu'une partie des entreprises, mais elle appartient au même article : la retenir évite de croire que L102 B se résume à six ans.
Et la valeur de preuve d'un email ?
L'article 1366 du Code civil dispose que « l'écrit électronique a la même force probante que l'écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu'il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité ».
Lisez la fin de la phrase : « conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité ». Le texte pose une condition sur la manière de conserver, pas seulement sur la durée. C'est le point où la conservation cesse d'être une affaire de rangement pour devenir une affaire de dispositif. Une boîte mail ordinaire, dans laquelle chacun peut déplacer, modifier ou supprimer un objet, n'est pas construite pour cela. Ce qui doit servir de preuve pendant les dix ans de l'article L123-22 du Code de commerce n'a rien à faire dans une boîte de réception.
La logique inverse : les données personnelles ne se gardent pas sans raison
Nous ne réexpliquons pas le RGPD ici, il est traité dans notre guide IA email et RGPD : le guide de conformité 2026. Un seul point nous intéresse : ce que dit la CNIL de la durée.
Sur sa page « Les durées de conservation des données », mise à jour le 2 avril 2026, la CNIL ne fixe aucune durée générale chiffrée. Elle indique qu'il revient au responsable de traitement de déterminer la durée en fonction de la finalité du traitement, et que dans certains cas cette durée est fixée par un texte.
Cette absence de chiffre n'est pas une lacune, c'est la règle elle-même. Elle vous dit deux choses. La première : personne ne vous donnera la durée de vos emails de prospection, parce qu'elle dépend de ce que vous en faites. La seconde, plus dérangeante : cette décision vous revient, et ne pas la prendre est encore une décision.
La formulation qui vous sert de test. Pour chaque catégorie de messages, posez la question dans ce sens : « pour quoi faire est-ce que je garde ça, et jusqu'à quand cette raison tient-elle ? » Si vous ne trouvez pas de réponse en une phrase, c'est que la finalité est éteinte. Un dossier de recrutement classé sans suite depuis des années n'a pas de réponse à cette question. Une facture de 2021 en a une, et elle est écrite à l'article L123-22 du Code de commerce.
La matrice par type de document
Voici le tableau qui remplace la question impossible « combien de temps garder mes emails » par une série de questions auxquelles vous savez répondre. Il se lit ligne par ligne, et il se remplit une fois pour toutes avec votre expert-comptable et votre conseil. La colonne de droite est celle qui compte : elle dit où va le message, pas seulement combien de temps il vit.
| Type de contenu | Logique dominante | Ce que dit le texte | Où il doit vivre |
|---|---|---|---|
| Pièce justificative comptable (facture reçue ou émise, note de frais, relevé, justificatif d'écriture) | Preuve | Code de commerce, article L123-22 : les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans | Hors de la boîte mail, dans le dossier comptable de l'entreprise. La boîte n'est que le tuyau d'arrivée |
| Document soumis au droit de contrôle de l'administration fiscale, reçu sur support informatique | Preuve | Livre des procédures fiscales, article L102 B : six ans à compter de la dernière opération ou de la date d'établissement, sous forme informatique s'il a été reçu ainsi | Dans le système documentaire de l'entreprise, pas dans une boîte individuelle |
| Échange contractuel et commercial (devis accepté, conditions négociées, réserve émise, accord sur un délai) | Preuve | Aucune obligation de conservation générale identifiée. Repère de prescription : cinq ans en matière commerciale (C. com., art. L110-4) et en droit commun civil (C. civ., art. 2224), avec un point de départ à déterminer au cas par cas | Versé dans le dossier de l'affaire ou du client, avec le reste du dossier |
| Prospection et contacts commerciaux non clients | Données personnelles | Aucune durée chiffrée dans les sources citées ici. La CNIL renvoie à la finalité du traitement, déterminée par le responsable de traitement | Dans l'outil commercial, avec une durée écrite. Pas dans une boîte mail sans échéance |
| Candidatures et dossiers de recrutement (CV, entretiens, appréciations) | Données personnelles | Aucune durée chiffrée dans les sources citées ici. Durée à fixer selon la finalité, et à porter à la connaissance des candidats | Dans un dossier dédié à accès restreint, avec une date de purge inscrite dès la réception |
| Emails liés à la vie du contrat de travail | Les deux, selon le contenu | Aucune durée chiffrée n'est affirmée ici : le droit social comporte des règles propres, et cette catégorie se traite avec votre conseil et votre gestionnaire de paie | Dans le dossier du salarié, jamais dans la boîte du manager |
| Organisation courante (réunions, logistique, échanges internes sans enjeu) | Données personnelles | Aucune obligation identifiée. La finalité s'éteint en quelques semaines | Base active, puis suppression. C'est le volume qui part le plus vite et qui allège tout le reste |
| Newsletters, notifications, alertes automatiques | Aucune | Aucune valeur de preuve, aucune finalité durable | Suppression, et de préférence désabonnement à la source |
Une remarque sur la colonne de droite, parce qu'elle surprend souvent : pour les deux premières lignes, la bonne réponse n'est pas une durée dans Outlook, c'est une sortie d'Outlook. Une facture qui doit vivre dix ans au titre de l'article L123-22 du Code de commerce ne doit pas vivre dix ans dans une boîte mail. Elle doit rejoindre le dossier comptable, où elle est identifiée, sauvegardée et retrouvable par quelqu'un d'autre que son destinataire d'origine.
Les trois phases du cycle de vie, redescendues dans Outlook
La CNIL décrit, sur la même page, un cycle de vie de la donnée en trois phases : la base active, l'archivage intermédiaire, puis l'archivage définitif ou la suppression. C'est un cadre de gestion documentaire, rarement traduit pour une boîte mail. Faisons-le, parce que c'est là que tout se joue concrètement.
Phase 1, la base active : ce qui sert au quotidien
Dans Outlook, c'est votre boîte de réception et vos dossiers de travail courants. Le critère d'appartenance est simple et exigeant : le dossier est vivant, quelqu'un agit encore dessus. Un message qui n'appelle plus aucune action de personne n'a rien à faire là, quelle que soit sa valeur future.
Le symptôme d'une base active mal tenue est facile à reconnaître : la recherche devient le seul mode de navigation. Quand on ne retrouve plus rien sans passer par la barre de recherche, c'est que la base active a absorbé les deux autres phases. Nos articles Piloter sa boîte mail en 2026 : la méthode complète et Optimiser sa boîte mail : 10 méthodes pour arrêter de perdre du temps traitent cette partie en détail.
Phase 2, l'archivage intermédiaire : ce qui ne sert plus, mais qui doit rester accessible
C'est la phase que les PME sautent, et c'est celle qui change tout. Un message peut n'avoir plus aucune utilité opérationnelle tout en devant rester disponible, parce qu'un délai court encore. Il ne se supprime pas, mais il n'a plus à circuler dans le flux quotidien.
Dans Outlook, cela prend la forme d'un espace distinct : un dossier d'archive, une boîte d'archivage, un emplacement de stockage séparé. Le point important n'est pas l'outil, c'est le régime d'accès. La CNIL décrit l'archivage intermédiaire comme un espace à accès restreint. Traduit dans une PME : les messages archivés ne sont pas ouverts à tout le monde, et on n'y va que pour une raison précise.
Trois questions à poser à votre prestataire informatique. Où sont physiquement stockées les archives de messagerie ? Qui y a accès, nominativement ? Que se passe-t-il si le poste de la personne concernée est remplacé ? Un archivage qui vit dans un fichier local sur un seul ordinateur n'est pas un archivage : c'est un point de défaillance unique, avec une date d'expiration inconnue.
Phase 3, l'archivage définitif ou la suppression
Au terme du délai, deux issues seulement, et il faut choisir explicitement. Soit le document a une valeur qui justifie une conservation longue, et il rejoint alors un dispositif documentaire prévu pour cela, en dehors de la messagerie. Soit plus rien ne justifie sa présence, et il se supprime.
Il n'y a pas de troisième issue. La troisième issue apparente, celle qui consiste à laisser le message où il est parce qu'on ne sait pas, est ce qui se passe par défaut partout où rien n'a été décidé. Ce n'est pas une phase du cycle de vie. C'est l'absence de cycle de vie.
Tout garder indéfiniment est un risque, au même titre que supprimer trop tôt
C'est la phrase que l'on écrit rarement, parce qu'elle contredit l'intuition du dirigeant et le discours des vendeurs d'archivage. Elle mérite d'être démontrée plutôt qu'assénée.
Une boîte qui garde tout depuis quinze ans produit quatre effets, dont aucun n'est théorique.
- Elle détient des données dont plus rien ne justifie la présence. Le CV d'un candidat de 2017, les coordonnées personnelles d'un ancien prestataire, l'appréciation écrite d'un manager sur un salarié parti depuis longtemps. La finalité est éteinte, la donnée est toujours là.
- Elle rend impossible de répondre proprement à une demande. Le jour où une personne vous demande ce que vous détenez sur elle, vous devez chercher dans quinze ans de messages non triés, sans savoir ce qui relève de quoi. Le tri que vous n'avez pas fait à froid, vous le ferez à chaud, dans un délai contraint.
- Elle multiplie la surface exposée en cas d'incident. Ce qui n'existe plus dans une boîte ne peut pas être consulté par quelqu'un qui ne devrait pas. C'est la seule raison pour laquelle ce point figure ici, et nous n'en faisons pas un article : voir CLOUD Act et messagerie professionnelle : les vrais risques 2026 pour la question de l'accès aux données hébergées.
- Elle dégrade la valeur de ce qui compte vraiment. Une masse de messages non triés dans laquelle dorment quelques échanges décisifs, c'est un actif que personne ne sait exploiter. Le jour où l'on cherche ces échanges, on ne les trouve pas.
À l'inverse, une purge brutale décidée un jour de saturation détruit sans distinction des pièces justificatives et des newsletters. Les deux erreurs ont la même cause : l'absence de catégorie. Ce n'est pas le volume qui vous met en difficulté, c'est l'indifférenciation.
Ce que « supprimer un email » veut dire vraiment
Une règle de conservation qui ne descend pas jusqu'au geste technique reste un document Word. Voici ce que recouvre réellement l'action de supprimer, dans l'ordre où les choses se passent.
Premier temps : le message quitte le dossier, il ne quitte pas la boîte. Il rejoint les éléments supprimés. À ce stade il est intégralement lisible, recherchable et restaurable. Tant qu'un message est là, considérez qu'il est toujours dans votre boîte, parce que c'est exactement le cas.
Deuxième temps : le dossier des éléments supprimés est vidé. Le message devient invisible dans l'usage courant. Selon la configuration de votre environnement de messagerie, il peut rester récupérable pendant une durée déterminée par vos réglages et ceux de votre fournisseur. Cette durée existe, elle est paramétrable, et elle n'est pas la même partout. Nous n'en citons volontairement aucun chiffre : c'est une question à poser à votre prestataire informatique, pas à supposer d'après un article.
Troisième temps : les copies qui vivent ailleurs. Les sauvegardes de votre environnement, les fichiers de données locaux constitués au fil des ans sur les postes, les exports faits un jour pour dépanner quelqu'un. Et surtout, la copie qui vous échappe complètement : celle qui se trouve dans la boîte de votre correspondant. Un email supprimé chez vous continue d'exister chez lui. Cela ne change rien à votre obligation de tenir votre propre règle, mais cela évite de se raconter qu'une suppression efface un échange.
La conséquence pratique. Une politique de conservation qui ne prévoit pas le vidage des éléments supprimés et le sort des fichiers de données locaux n'est pas appliquée, elle est seulement écrite. Ces deux points valent une ligne chacun dans votre règle, et une question à votre prestataire au moment de la rédiger.
Qui décide de la durée dans une PME sans DPO
Dans une entreprise de cinq à cinquante personnes, il n'y a le plus souvent ni délégué à la protection des données, ni service juridique, ni informaticien interne. La question « qui décide » reste donc suspendue, et c'est précisément pour cela que rien n'est décidé.
La réponse est directe : c'est vous. La CNIL indique que la durée est déterminée par le responsable de traitement en fonction de la finalité du traitement. Dans une PME, le responsable de traitement est l'entreprise, et la décision remonte à la direction. Personne d'autre ne la prendra à votre place.
Cela ne veut pas dire la prendre seul. La répartition qui fonctionne tient en quatre lignes.
- Le dirigeant arbitre, tranche les catégories et signe la règle. C'est lui qui accepte le risque, dans un sens comme dans l'autre.
- L'expert-comptable couvre le périmètre comptable et fiscal : quelles pièces, quel point de départ, quel support. C'est le volet où les durées sont écrites dans les textes, et c'est le plus simple à sécuriser.
- L'avocat ou le conseil habituel traite les cas particuliers : activité réglementée, contentieux en cours, contrats à exécution longue, questions de droit social.
- Le prestataire informatique répond aux questions de mise en œuvre : où sont les archives, qui y accède, quels réglages existent, ce qui est techniquement possible dans votre environnement.
Un rendez-vous avec votre expert-comptable et un échange avec votre conseil suffisent le plus souvent à remplir la matrice. Ce n'est pas un chantier. C'est une décision qui n'a jamais été prise.
Le salarié parti : la question que l'autre article laissait ouverte
Nous avons publié le 1er septembre Messagerie professionnelle et départ d'un salarié : la marche à suivre, qui décrit la procédure complète, du préavis à la fermeture du compte. Cet article dit explicitement qu'il ne recommande aucune durée chiffrée, et il n'aborde pas la valeur de preuve des messages. Ce n'était pas un oubli : ces deux questions ne relèvent pas de la procédure de départ, elles relèvent de la catégorie du contenu. C'est le trou que la présente page vient combler.
Les deux articles s'articulent ainsi. La procédure de départ décide du sort du compte : quand l'accès est coupé, qui reprend, quand l'adresse est supprimée. La matrice par catégorie décide du sort des messages : ce qui rejoint le dossier comptable, ce qui rejoint le dossier de l'affaire, ce qui part en archivage intermédiaire, ce qui se supprime.
La conséquence est nette : au moment de fermer un compte, la question n'est jamais « combien de temps garde-t-on la boîte ». Elle est « qu'est-ce qui, dans cette boîte, relève d'une catégorie qui impose de le conserver ailleurs ». Si ce travail a été fait, la fermeture ne détruit rien, parce que rien de ce qui compte n'était resté dans la boîte. Sur la mécanique de rangement qui rend ce versement possible sans y passer ses journées, voir Classement automatique emails Outlook & PJ : guide complet 2026.
Écrire votre règle : une page, six lignes, une date de revue
Une politique de conservation utile dans une PME tient sur une page. Au-delà, elle ne sera pas lue, donc pas appliquée. Voici la structure qui fonctionne.
- Les catégories retenues, reprises de la matrice, adaptées à votre activité. Cinq à huit lignes, pas davantage. Une catégorie que personne ne sait reconnaître au premier coup d'œil est une catégorie de trop.
- La durée par catégorie, avec la source à côté quand elle existe. Quand elle n'existe pas, écrivez la durée que vous décidez et la raison en une phrase. Une durée décidée et motivée vaut infiniment mieux qu'une absence de durée.
- La destination : pour chaque catégorie, où vit le contenu. Dossier comptable, dossier de l'affaire, archive à accès restreint, suppression.
- Le geste et le responsable : qui fait le versement, à quel moment, et qui vide les éléments supprimés. Un geste sans nom n'est pas fait.
- Les zones d'ombre techniques : durée de récupération dans votre environnement, sort des fichiers de données locaux, périmètre des sauvegardes. Trois lignes obtenues auprès de votre prestataire.
- La date de revue : une fois par an, à date fixe. Une règle sans date de revue est une règle qui se périme en silence.
Datez le document, signez-le, et communiquez-le à l'équipe. La valeur d'une politique de conservation ne tient pas à sa sophistication : elle tient au fait qu'elle existe, qu'elle est connue et qu'elle est datée.
En résumé
Reprenons la boîte du début, celle qui contenait à la fois l'échange contractuel de 2019 et le dossier de recrutement classé sans suite la même année. Ce ne sont pas deux problèmes de rangement. Ce sont deux catégories, deux logiques, et deux durées qui n'ont aucune raison de coïncider.
- Deux logiques commandent la durée, et elles poussent en sens contraire : la preuve, qui incite à garder, et les données personnelles, qui imposent d'effacer quand la finalité est éteinte. Une boîte sans règle est exposée aux deux à la fois.
- Dix ans pour les documents comptables et les pièces justificatives, au titre de l'article L123-22 du Code de commerce. C'est la seule durée générale chiffrée que cet article affirme, et elle vise ce que l'email contient, pas l'email.
- Six ans pour les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration, au titre de l'article L102 B du Livre des procédures fiscales, qui prévoit en outre dix ans pour certains registres liés à la TVA. Le même article impose la conservation sous forme informatique de ce qui a été reçu ainsi : un document arrivé par email est un document reçu sur support informatique.
- Cinq ans au titre de l'article L110-4 du Code de commerce et de l'article 2224 du Code civil : ce sont des délais de prescription, pas des obligations de conservation. La nuance change la nature de la décision, puisque sur ces échanges c'est vous qui arbitrez.
- Aucune durée chiffrée du côté des données personnelles. La CNIL renvoie au responsable de traitement et à la finalité poursuivie, et décrit un cycle de vie en trois phases : base active, archivage intermédiaire à accès restreint, puis archivage définitif ou suppression. Ne pas trancher reste une décision, prise par défaut.
- Supprimer se vérifie jusqu'au geste. Un message qui dort dans les éléments supprimés est toujours dans la boîte. Le vidage de ce dossier, le sort des fichiers de données locaux et le périmètre des sauvegardes valent une ligne chacun dans votre règle, et une question à votre prestataire informatique.
- Une page suffit : les catégories, la durée avec sa source quand elle existe, la destination, le geste et son responsable, les zones d'ombre techniques, la date de revue. Datée, signée, connue de l'équipe.
La bonne question n'a jamais été « combien de temps je garde mes emails ». Elle est « de quelle catégorie relève ce message, et quel texte, ou quelle décision écrite, commande sa durée ». Tant qu'elle n'est pas posée, la boîte répond à votre place, et elle répond toujours la même chose : on garde tout, indéfiniment, sans savoir pourquoi.
Ce que fait un assistant email, et ce qu'il ne fait pas, de vos emails anciens
Neston est un assistant email intégré à Outlook. Il lit vos messages pour en comprendre le contexte, il classe automatiquement les emails et les pièces jointes dans vos dossiers, et il prépare des réponses dans votre style, que vous relisez et validez avant l'envoi. Sur le sujet de cet article, il aide sur un seul point, mais c'est un point réel : le classement. La matrice ci-dessus ne vaut que si les messages arrivent effectivement dans la bonne catégorie, et c'est précisément le travail que personne n'a le temps de faire à la main sur le volume qui arrive chaque jour.
Disons maintenant clairement ce que Neston n'est pas, parce que le sujet le rend nécessaire. Neston n'est pas un système d'archivage à valeur probante, et il ne conserve rien à la place de votre entreprise. Il ne constitue pas un coffre-fort électronique, il ne garantit pas l'intégrité d'un document au sens de l'article 1366 du Code civil, et il ne se substitue à aucune obligation de conservation. Vos emails restent dans votre environnement de messagerie, sous votre responsabilité et celle de votre fournisseur. Neston ne décide d'aucune durée, ne supprime rien de sa propre initiative et ne remplace ni votre expert-comptable ni votre conseil. Ce n'est pas davantage un produit de sécurité.
Ce qu'il fait, il le fait sous validation humaine : rien n'est envoyé ni rangé définitivement sans que vous l'ayez vu. Neston fonctionne aujourd'hui avec Outlook sur Windows 10 et 11. Le support de Gmail est annoncé, il n'est pas encore disponible. Sur l'hébergement et le traitement des données, nous traitons la question séparément dans Assistant email IA hébergé en France : le guide 2026.
Neston range ce qui doit être rangé.
L'assistant s'intègre à Outlook, classe vos emails et vos pièces jointes dans vos dossiers, et prépare vos réponses, que vous relisez et validez avant l'envoi.
Découvrir Neston →Windows 10/11 · Outlook · Option Mistral EU
Aller plus loin
- Messagerie professionnelle et départ d'un salarié : la marche à suivre, la procédure complète du préavis à la fermeture du compte, que cet article complète sur la question des durées
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FAQ : sept questions sur la durée de conservation
🔬 Sources
- Code de commerce, article L123-22, version en vigueur au 4 janvier 2003 : « Les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans. »
- Code de commerce, article L110-4 : « Les obligations nées à l'occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes. » Délai de prescription, et non obligation de conservation.
- Code civil, article 2224 : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. » Délai de prescription de droit commun, et non obligation de conservation.
- Livre des procédures fiscales, article L102 B, version en vigueur au 1er janvier 2023 : conservation pendant six ans des livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration, à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis, et conservation sous forme informatique lorsqu'ils ont été établis ou reçus sous cette forme. Le même article prévoit en outre une conservation pendant dix ans pour certains registres liés à la TVA, ceux tenus au titre des régimes particuliers visés par ce texte, à compter du 31 décembre de l'année au cours de laquelle l'opération a été effectuée.
- Code civil, article 1366 : « L'écrit électronique a la même force probante que l'écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu'il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité. »
- CNIL, « Les durées de conservation des données », page mise à jour le 2 avril 2026 : absence de durée générale chiffrée, détermination par le responsable de traitement en fonction de la finalité du traitement, durée fixée par un texte dans certains cas, cycle de vie en trois phases (base active, archivage intermédiaire, archivage définitif ou suppression).
Article publié le 3 septembre 2026 · Temps de lecture : 27 minutes · ≈ 6 700 mots